Oscar / César : le comparatif

Publié le par Xavier Knoepffler

Quel Week end pour les midinettes !!! 2 rendez-vous plein de paillettes et de strass, des vedettes sur le tapis rouge, des éclats de rire, des hommages bien ruisselants, des remerciements bien émouvants, et des injustices bien méritées. Mais qui a eu la palme de l'autosatisfaction?

Le présentateur : Gad Elmaleh / Chris Rock

Cela faisait une semaine qu'on entendait parler de Gad Elmaleh, le nouveau monsieur Loyal des Césars. Auteur d'une prestation réussie l'année dernière selon les critiques, il revenait en force et reconnaissait avoir préparé ses transitions comme un spectacle.

Le résultat est des plus tristes : Gad a perdu son naturel, impressionné devant le parterre de célébrités, que lui, petit immigré de Tunisie, passé par le purgatoire Canadien, n’aurait jamais même pensé en rêve pouvoir côtoyer. Quand il donne la réplique à l’un de ses monstres sacrés, les gags tombent à plat, tant il semble les admirer :

  • avec Noiret au Parc des Princes (il y avait de meilleurs stades pour illustrer ce que signifie le mot " ambiance ", le jour même où Paris jouait à huis clos !),
  • avec Depardieu, dans le rôle sur le fil du mec qui dérange, si bien joué que les (télé)spectateurs étaient génés pour lui,
  • avec Chabat, avec lequel Gad a pourtant partagé la vedette dans " Chouchou ", pour une prestation pas très drôle,
  • avec Claire Keim (sic !), qui n’est pourtant pas un monstre sacré du cinéma.

Du coup, les seules vannes réussies ont été possibles, quand Gad a couvert de louanges les " remettants " : " Quand Dieu veut se la péter, il dit : Monica Belluci, c’est moi qui l’ai faite ! ".

A l’inverse, Chris Rock, dont le parcours est pourtant similaire à celui de Gad, a choisi la provoc’, pour mieux exorciser son malaise à gérer sa réussite : il a balancé sur les institutions, sur Bush, sur Jude Law, mais surtout sur l’académie des oscars, coupable à ses yeux d’expédier certains Oscars (" la prochaine fois, on les distribuera dans le Parking …Mac-Oscars ") et accusé d’être coupé de la base des spectateurs lambda via un micro-trottoir, qu’il a effectué à la sortie d’un cinéma populaire d’un quartier noir de LA, au cours duquel personne ne connaissait une seule des œuvres Oscarisables.

L’un comme l’autre ont échoué dans leur mission pour des raisons opposées.

Le palmarès : l’injustice érigée en règle

Des 2 cotés de l’Atlantique, le palmarès a été foncièrement injuste, mais il est le reflet du mode de vote des académies.

  1. le meilleur réalisateur fait le meilleur film : pour les Oscar, en 77 cérémonies, seulement 17 fois le meilleur réalisateur n’a pas réalisé le meilleur film. C’est un peu redondant, surtout quand on apprend que Scorcese n’a jamais reçu la statuette. Pour les César, la remarque est la même. En définitive, sur les 3400 membres de l’Académie des César, combien ont vu tous les films en compétition, et combien sont en effet capables de discerner la qualité du réalisateur vs celle du film ?
  2. Les récompenses techniques reviennent toujours aux films à grand spectacle : Ils auraient bien voulu remettre le prix du décor et des costumes à " l’esquive ", mais l’architecte, qui a bâti les immeubles des cités il y a 30 ans, est toujours en cavale, et les responsables de la marque Lacoste n’ont pas souhaité s’associer au film.
    Les membres de l’académie ne sont pas bêtes : s’il n’y avait que des films d’auteur pour faire travailler les techniciens du cinéma (décorateurs, costumiers, scénaristes, acteurs même, comme pour le film de Abdellatif Kechiche, qui s’est gargarisé de ne prendre dans son film que des gens qui n’avaient jamais tourné), le problème des intermittents auraient été réglé depuis longtemps.
  3. Les Français à Los Angeles, l’Américain au Chatelet : La présence du jeune acteur américain Will Smith au rang des récipiendaires d’un César a fait grincé des dents, certes moins fort qu’il y a quelques années, quand Stallone, le symbole du film marchand, s’était vu remettre la même récompense, mais quand même. Une standing ovation frileuse (seuls les producteurs se sont spontanément levés : il faut dire que l’avance sur recette largement subventionné par le succès en salles des films américains permet à ses mêmes producteurs de financer des petits films français prétentieux), heureusement que Will Smith a su retourner l’auditoire, en leur balançant une anecdote banale sur Nelson Mandela !
    A Los Angeles, les mêmes qui ont souhaité la défaite des Choristes aux César, se sont surpris à encourager ce film dans sa course aux Oscars (j’en faisais partie) . En vain. Il reste quand même le souvenir halluciné de l’interprétation cahotique de " suis ton chemin " par la papesse de la Soul, Beyoncé Knowles
  4. La part belle aux films d’auteur : je n’ai pas vu " l’esquive ", donc je ne préjugerai pas de sa qualité, mais il me semble que l’idée de faire adapter un auteur classique par des jeunes de banlieue, a déjà été peu ou prou trouvée il y a 15 ans par les Inconnus, dans leur style à eux. Blague à part, pour avoir découvert Zonca grâce aux Césars, j’espère que ce film mérite les statuettes qu’il a gagné, et va au-delà du cliché auquel on peut s’attendre (" les jeunes de banlieue savent émouvoir avec de beaux textes, mais ils n’ont pas accès à cette culture, embourbés qu’ils sont par les problèmes inhérents à leur situation ")
    En tout cas, aux Etats-Unis, hormis " la passion du Christ ", les vrais succès du box-office 2004 ont été récompensés (les indestructibles, Aviator, Million dollar baby…)

 

 

Des hors sujets soûlants… surtout en France

Chris Rock s’est embrouillé avec Sean Penn, pour un évident manque d’humour de la part du bel émissaire de la paix en Irak (avec le recul, qu’est-ce-qu’il a été ridicule!). le maître de cérémonie a même été borderline (ou alors, était-ce un hommage à Dieudonné ?) avec sa vanne sur la différence entre " films de noirs " et " films de juifs ".

La France, en revanche, garde le leadership incontestable de la prise de tête :

- la cérémonie commence en fanfare avec Isabelle Adjani, qui confond, dans son hommage pathétique aux personnes disparues (Hors-sujet), Ingrid et Liliane Bettencourt.

- C’est au tour de Yasmina Benguigui de reprocher au Cinéma Français de ne pas faire la part belle au " cinéma des banlieues " (la sotte remettra juste après le prix du court métrage à Lyes Salem, réalisateur né à Alger), juste avant la moisson de statuettes engrangés par Abdellatif Kechiche, et ce, alors que la présidente de la cérémonie est la berbère Isabelle Adjani et le maître de cérémonie, le Tunisien Gad Elmaleh. Vive le communautarisme !

- Lambert Wilson se sent ensuite obligé de se faire le porte-parole des intermittents, reprenant d’une manière " courageuse ", le plaidoyer de Agnès Jaoui, devant le ministre de la Culture. Un Dandy, vendu aux Américains, à la solde des prolos de l'ombre, quel beau symbole de la contradiction actuelle du cinéma français, tiraillé entre l’argent et les bons sentiments !

Aucune cérémonie n’a le sens du spectacle

Après 3 heures passées devant la cérémonie des César et une nuit blanche devant celle des Oscar, le constat est cruel : l’une et l’autre rassemble le plus beau casting qui soit, l’une et l’autre tente de corriger les erreurs du temps passé (il est vrai que Canal n’a pris que 10 minutes de retard sur le planning, et l’émotion qui se dégage des Oscar n’a pas l’air feinte), mais aucune n’avait étrangement le sens du spectacle.

Pour une Yolande Moreau ou une Hillary Swank, combien de tunnels ennuyeux, de discours convenus et de déjà vu ! On comprend mieux les quelques irréductibles, qui refusent régulièrement de se prêter à ces pitreries !

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Professeur Schwartzenberg 03/03/2005 17:16

Jacques Dutronc serait-il malade ? En général, quand un artiste reçoit un César d'honneur, c'est pour lui donner un dernier hommage avant le dernier voyage (Blier, Poiré, Carmet, Chaplin).