les fonctionnaires du porno

Publié le par Xavier Knoepffler

il est fini le temps du canal+ du début, le canal+ malin (révolution des retransmissions de matchs de football), le canal+ d'avant garde (les films en première exclu, multidiffusés), le canal+ iconoclaste (le JTN puis les Guignols pour décaper le rire), le canal+ coquin (introduction du film porno dans les foyers). Sport, Rire, Ciné et porno, les ingrédients du succès de la chaîne cryptée ont fané.

Le porno, en particulier, jouit d'un statut particulier. Le film de Q sur Canal+, plus que toute autre raison, a développé quasi-mécaniquement l'audience de Canal+. De bouche à b... oreille, le porno est entré dans toutes les conversations. Ensuite, ce rendez-vous (le premier samedi de chaque mois) a fidélisé les abonnés, il reste pour beaucoup (les très jeunes et les très vieux) l'unique moyen de voir des organes génitaux en état de marche en toute discrétion. La porno attitude a même gagné outre les animateurs de la chaîne (Vandel, initiateur et rédacteur en chef du Journal du Hard, Devoise en couple avec Julia Channel...), tout le show-bizz (à Cannes, les invit' pour participer à la cérémonie des Hot d'or s'arrachaient à prix d'or).

Pourtant, depuis quelques années, le porno sur canal+ s'essouffle, parce qu'il ne s'appuie pas sur les évolutions récentes du secteur. En effet, comme à son habitude, la chaîne s'est calée sur le(s) discours bien pensant(s) en vogue et les a synthétisés :

- pour les intellectuels de gauche, le porno a fait voler en éclat le carcan de notre éducation hypocrite,

- pour les communautaristes gays, le porno c'est pas bien, parce qu'il n'utilise pas la capote sur les tournages

- pour les féministes, le porno peut être dégradant mais c'est bien un des seuls secteurs où les femmes sont mieux payées que les hommes.

- pour l'industrie cinématographique, il faut préserver l'exception culturelle française, en plus, un film porno français rentre dans le quota des films français que la chaîne doit respecter.

Vous avez dit : "Con sent suce"

Finalement, plutôt que d'arrêter leur diffusion chaque mois, Canal+ a choisi de fonctionnariser la profession, en intégrant en amont le processus de production, pour en maitriser la création. C'est pourquoi chaque mois, on retrouve les mêmes têtes (sic!), les mêmes réalisateurs, les mêmes scènes à la papa. Cela permet aux actrices (assez moches en général, voir Katsumi, Ovidie et d'autres dont je ne connais pas les noms) de glousser d'aise en jouant comme des pieds, cela permet aux réalisateurs de se la péter en chantre de la liberté d'expression (John B Root, rien qu'à son nom, on comprend l'humour du bonhomme), alors qu'ils sont subventionnés par canal+, cela permet à l'industrie d'être sous assistance respiratoire (Marc Dorcel en tête), bref cela arrange tout le monde, sauf l'abonné de plus de 13 ans.

décidément,  le "consensus" ne convient pas au porno, malgré toutes les connotations que ce mot contient.

"les ravageuses à la ferme", Canal+, jeudi 10 mars, à 2H20

Publié dans Rendez-vous

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