Où est passé Warhol?

Publié le par Alain Gillot-Peutêtre

Ce soir, TF1 inaugure sa semaine sainte par un "Qui veut gagner des millions : spécial Sidaction". Pour info, elle se poursuit en deuxième partie de soirée via un "droit de savoir" spécial Sida, (en tout cas annoncé comme tel), puisqu'il traite des accros du sexe. Les malades du Sida apprécieront.

L'annonce de ce jeu de JP Foucauld, ainsi que la fin de "Première Compagnie", m'a fait repenser à ce printemps 2001, mon petit mois de mai à moi.

Retour dans le loft

J'ai su, en regardant les premiers numéros de "Loftstory", ce qu'avaient pu ressentir les soixante-huitards, au moment de l'éclipse présidentielle pendant les événements de 68 : "Un autre monde est possible", me disais-je, alors que Kenza, tenue fermement par Aziz, tentait d'escalader l'enceinte de leur prison dorée. "Ils ont été enfermés par une boite de production peu scrupuleuse, et ils essaient de pervertir le système de l'intérieur. Ils vont tout faire péter". La subversion, à l'écran, en direct, le pied.

Le lendemain, dans "le Monde", je lisais que tout ça, en fait, ça faisait de Warhol un visionnaire, parce que il avait dit voilà 30 ans, ce qui pourrait résumer la télé-voyeurisme d'aujourd'hui : "Chacun aura son quart d'heure de célébrité mondiale".

Même si je pense que Warhol avait visé d'autres prospectives plus ambitieuses pour sa phrase, il n'empêche qu'à chaque soirée, on me la ressortait. Il me gavait, Warhol, à la fin. Avait-il vraiment raison? La célébrité, c'est prendre sa douche devant 5 millions de spectateurs?

 

Tu veux être célèbre? ah oui, t'es connu?

Heureusement est arrivée l'usure du concept de la téléréalité, et donc, son renouvellement. Plutôt que de prendre des aspirants à la célébrité, prenons des déjà célèbres, et enfermons les en les obligeant en plus (après tout, ce sont des pros de la célébrité) à faire des tâches dégradantes. Et bien, figurez-vous, que cela booste les audiences.

Idem pour les jeux ("La cible", "Zone Rouge", "Qui veut gagner..."), qui vivotent dans leur case quotidienne : mettez-y des célébrités, et boom, record d'audience assuré.

Le dernier bastion de la télé réalité, la confidence trash, connaît, elle aussi, une attirance pour les déjà célèbres. L'émission de Mireille Dumas est d'ailleurs considérée comme le "Grand échiquier" du genre, puisque tous s'y ruent (Bedos compris). mais, si vous passez chez Courbet (ah le reportage poignant sur Topaloff!), ou Delarue, ça va aussi!

Enfin, même les émissions de reportage, vaisseau amiral d'une chaîne, lorgnent du coté des célébrités pour gagner des parts de marché. Guilaine Chenu de "Envoyé spécial", le confessait à mots voilés à Morini Bosc sur les ondes de RTL. Sinon, quel est l'intérêt journalistique de suivre Laurent Gerra ou Frank Michael, pendant leur tournées?

Que reste-t-il désormais au quidam qui veut passer à la télé? Le crime en série, comme en témoigne les derniers succès de la transposition à l'écran de l'affaire Francis Heaulme?

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