Larves au monde des ténèbres

Publié le par Le grand cirque de la télé



Alors que les coachs envahissent la télé (diététicien dans "j'ai décidé de maigrir", nounou dans "Super Nanny", nettoyeuses dans "c'est du propre", décorateur avec les "Queers", avocat dans "Sans aucun doute") il était inévitable que Les Cahiers de la Télé succombe à cette mode. Le Coach Potato, car tel est son nom, vous aidera à mieux regarder la télé, car il va plus loin dans l'investigation. Pour vous, il débusquera les choses à voir, et celles qui n'ont pas été vues.




Leçon 6 : Quelle chaîne choisir pour en finir une bonne fois pour toute?

Jeudi 14 Juillet, 3h30 du matin, Beur TV : après quelques pubs sur la semoule de couscous et une recette pour appeler moins cher vers le Maroc et l'Algérie, s'ouvre un écran noir audacieux (voire suicidaire si l'on tient compte de l'heure) puis un premier insert "TF1 et le ministère de la culture présente" assez improbable pour empêcher mon index de continuer à zapper.
Le premier plan est d'anthologie : une longue descente au flambeau dans les tréfonds d'une grotte étroite et humide, accompagnée d'un musique économe en notes. Le titre de ce documentaire en 4 parties finit de m'achever : "L'art au monde des ténèbres : chapitre 2, l'âge du renne". Je m'apprête à vivre, seul sur mon canapé, seul sûrement à regarder cet ovni télévisuel, annoncé nulle part, une expérience hors du temps.



une ébauche du buste d'E Thomas
en Marianne
Ce documentaire a été réalisé en 1983 par un des papes du "cinéma vérité" (à ne pas confondre avec "télé réalité"), Mario Ruspoli. Il prend le temps - 4 fois 1 heure - de remonter aux toutes premières manifestations de l'art dans les cavernes, pour mieux nous imprégner de la réalité des théories avancées : les intervenants ont encore tous l'accent de leurs régions d'origine, la Dame de Brassempuy est décortiquée avec une attention qu'on ne trouve guère plus à la télé que pour un objet du Téléachat (sic!) le lyrisme poétique en plus, les bifaces sont taillés à l'ancienne en temps réel par un artisan-historien. Bref, ce documentaire est une pépite, qui mériterait une vraie analyse.
Pourtant c'est son titre qui m'a intrigué, tant il revêt une autre signification bien plus actuelle : "L'art au monde des ténèbres", comme ce programme blotti dans les profondeurs d'une grille d'une chaîne ultra-confidentielle du PAF. Au contraire de l'explorateur, nous ne sommes nous les témoins que des ultimes sursauts de l'art à la télé.

Heureux les simples d'esprit, car le royaume des soaps leur appartient.

Qui a dit que c'est la télé,
la responsable de l'obésité?

Un fan de soaps disait sur les forums Toutelatélé que le soap est "
un art à part entière". Le sot.
A la rigueur, la télé aurait-elle pu engendrer une nouvelle façon d'appréhender l'art. Aujourd'hui, on serait déjà content qu'elle assure son rôle de distributeur de produits culturels. Au lieu de cela, la prime est accordée au grand nombre, aux concepts déjà éprouvés, aux recettes marketing, à la flatterie démagogique, au sensationnel putassier : la moindre rediffusion d'un épisode de Corinne Touzet bat n'importe quel Hitchcock, le très caréné LOST est porté au pinacle par de nouveaux adorateurs pour son originalité, et Intervilles, point de départ de la télé "populaire" (au sens "qui tire vers le bas" comme G Bedos l'a dit, en son temps, chez Bouvard) devient émission de référence, exemple de missions de service public dont s'acquitte France Télévision.
La télé a accéléré nos vies à tel point, qu'elle nous empêche de prendre du recul : exemple, PPDA qui, voyant des images de son premier 20heures, méaculpise sur son manque de rapidité (professionnalisme?). L'audience est forcément synonyme de qualité, même sur le service public, et rien ne peut se mettre en travers d'elle. Qui pourrait dire les audiences des Théma d'Arte, si l'audience ne rythmait pas systématiquement les programmations des autres chaînes?

Rendez-vous dans 35000 ans.
Bah, je redescends dans ma grotte ; cela se trouve, celui qui a peint ces rennes, décrit ces chasses aux mammouths et sculpté ces premières femmes il y a plus de 35 mille ans, obéissait-il aussi par ailleurs aux goûts du plus grand nombre, en peignant contre rétribution des fresques en plein jour et en sculptant de la bouse de mammouth. L'important, en fait, c'est ce qui reste!

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Mme merle 20/07/2005 12:30

Décidément, ce blog me plait beaucoup.
Je tiens cependant à donner une réponse à la question "qui a dit que c'est la télé la responsable de l'obésité?".
Cette gracieuse demoiselle, Vénus de Willendorf a été trouvée en Autriche, et il y a fort à parier en effet que son obésité est due à une station avachie prolongée devant les programmes autrichiens de l'époque (Derrick Park? )assortie probablement de l'ingestion déraisonnable et répétée de charcuteries autrichiennes de l'époque. Peut-être Vénus de Willendorf rêvait-elle de participer à l'émission "c'est mon choix: j'ai trop mangé de salami de mamouth mais je refuse d'enfiler un bikini paléolithique quand je vais à la cueillette des baies..."