enfin un blog qui critique la télé

 

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Samedi 23 juillet 2005
Il fait bon être une île en ce moment : l’Angleterre gagne les JO, l’île de Ty Kern a été le décor de la sa-gaga Dolmen, qui a pété les records, les échoués de LOST n’ont pas fini d’aller de rebondissements en rebondissements (Burp !) à découvrir leur île, les Attila de Koh-lanta tentent des expériences sur la faune locale d’une île de la Nouvelle Calédonie sous le soleil de l’Audimat, « îles Baléares », sponsor d’une équipe cycliste du Tour de France, a découvert un nouveau champion en la personne de Valverde, sans compter l’arrivée au cinéma de « the Island », un blockbuster américain du gros faiseur Michael Bay.

Nib/Suck
Mais surtout, l’île de la tentation s’est offert un relooking sous les bistouris des cyniques producteurs.


Ooh, démon tentateur, tu me donnes la mougeotte
1) L’animateur : Exit le fade Stéphane Bouillaud, qui, dès la fin de la dernière édition de ce divertissement, annonçait avec courage qu’il souhaitait faire autre chose (peut-être les animations d’ouvertures des magasins « Troc de l’île » ?). Bonjour la tristounette Céline Géraud (notre photo), au physique passe-partout (je dis pas ça parce qu’elle est petite !), qui se contente de relancer sans glamour les pauvres couples échoués à la manière de son prédécesseur : « Vous avez vu quoi dans cet extrait ? », « vous en avez pensé quoi ? », loin, bien loin des pics d’adrénaline qu’elle avait pris lors des jeux olympiques d’Atlanta au bord des tatami. C’est à se demander si elle ne savait déjà pas l’issue du vote du CIO pour l’attribution des jeux au moment de signer pour devenir éboueuse à la télé.

2) Les couples : Les années précédentes, les couples sélectionnés étaient la plupart du temps soit des gens persuadés de gagner des vacances haut de gamme à bon prix (la première année), soit des starlettes siliconées (Diana et son Tarzan), soit des couples CSP+ en mal d’expériences différentes (échangisme, voyeurisme, exhibitionnisme). On sent que cette année, la prod’ a galéré pour trouver des gogos à gogo. Ils ont donc écumé les hauts lieux habituels où Delarue, les autres fossoyeurs de la société ou même l’excellent Strip-Tease cherchent le plus volontiers leurs victimes : les clubs de fitness, la banlieue, le Nord, et Marseille.
Comme d’habitude, les conjointes sont des potiches godiches, qui font pâle figure en comparaison des petites hôtesses qui peuplent l’île des garçons, et accessoirement le magazine « Entrevue ».
C’est donc sur le casting des mecs que l’effort a été porté :
  • - 2 anciens dragueurs déclarés (le trip dragueur invétéré qui pensait avec sa bite, jusqu’au jour où une nana qu’il voulait culbuter dans les chiottes d’un night-club, a su se refuser à lui jusque sur les sièges skaï de son opel tygra), l’un au look gipsy, qui sent l’eau de Cologne et plait aux jeunes coiffeuses en mal d’exercices, l’autre, cœur d’artichaut, qui a déjà craqué nerveusement, avant même d’apprendre quoi que ce soit sur sa nana, le faible, en fait.
  • - Le chaînon manquant : amis paléontologues, ne cherchez plus, les hommes de Néanderthal n’ont pas entièrement disparu. TF1, toujours enclin à parsemer ses programmes de culture (on ne se refait pas), a dégoté le dernier représentant de cette race éteinte, en la personne de Sam (pourtant, pas d’étincelles de silex dans le regard). En fait, il s’appelle Samir, mais il (ou la prod’) a peut-être honte de ses origines. En bon macho, il n’a pas toujours présenté pas sa compagne à sa famille après 3 ans de vie baise commune, parce que « chez moi, c’est pas un bordel » (la télé si, visiblement !). Inutile de préciser que les tauliers de l’île se sont dépêchés de montrer cette fine saillie à sa gonzesse, qui veut maintenant se taper tout ce que l’île de dur et d’oblong.

  • - Le gros beauf, François, Lillois de formation, bodybuilder par passion. « Le bodybuilding, c’est le tuning appliqué à l’homme » a dit le philosophe, c’est une pensée qui peut résumer cet aussi élégant que courtois trentenaire dans son tee-shirt résille et son short en jean*. Angela Lorente, dont le CV à lui seul mériterait le rétablissement de la peine de mort**, a, il faut bien l’avouer, le don de dégoter de tels branques, qui alimentent avantageusement les séquences du zapping. Une perle parmi tant d’autres, le pendant (sic !) de « c’est arrivé près de chez vous » : « Des noirs, j’en vois beaucoup dans les douches, et ben, c’est pas forcément eux qui ont la plus grande ! ».
L'île de la prostitution
Bien sûr, tout ce petit monde sera manipulé, les couples s’entredéchireront, et Céline Géraud rongera son frein, ses ongles et son tube de Lexomil pendant une année, en attendant les projets ambitieux qu'a du lui promettre la direction de TF1 pour qu'elle signe ce pacte Faustien.
TF1 a beau jeu de baseliner ce programme avec « L’amour sera-t-il le plus fort ? ». De l’amour il n’en est jamais question. Uniquement une basse besogne lucrative qui met des jeunes hommes et femmes aguicheurs à la disposition d’autres hommes et femmes. Si ça c’est pas du proxénétisme, ils veulent vraiment qu'on se dispute (en 2 mots).



* : il faut absolument se repasser en boucle la scène intitulée « François joue avec le feu » disponible ici
** : rédactrice en chef de Loftstory, elle est également productrice des programmes realTV « décalés » des étés de TF1 : Greg, Marjolaine et l’incroyable fiancé.
Vendredi 10 juin 2005
Alors que Villepin vient de prendre à la hussarde la fonction de premier ministre, il semble intéressant de se pencher sur la chaîne TNT qui a fait le plus parler avant et après l'apparition de cette révolution du PAF : Direct8.
Sur le papier, elle semblait la plus riche en sens : un credo, le direct, toujours le direct décliné le plus possible à chaque tranche horaire, des signatures, P Labro en commandant de bord, adoubé par Bolloré pour dépenser son argent durement gagné à la sueur de ses raids boursiers, A Minc, en grand donneur de leçons, qui allait réserver ses saillies à cette chaîne, et Marc Menant, placardisé dès 81, et interviewer de gourous pro-santé sur Europe1 (la santé par les couleurs, la santé par les ondes, la santé par le sexe, l'improbable enfant de Martine Allain Regnault et de Delarue).
Et puis, et puis, Direct8 n'a pas fini d'essuyer les plâtres, multipliant les traditionnels aléas du direct, et redonnant du même coup, une envie folle à Arthur de refaire une saison des enfants de la télé. Jusqu'à cet article aussi assassin qu'anonyme paru dans Paris Match signé Cerbère.
Mais qu'y a t-il au juste à garder de cette chaîne?


1) Le casting.

Huitas les bonnes nanas
Il paraît que V Bolloré s'est lui-même attelé au casting des journalistes qui peuplent nuit et jour les petits studios de la 8ème chaîne. Les démons de midi doivent le visiter en direct, le bougre (satan l'habite?) : que de la bônne journaliste à faire pâlir les producteurs de Opération Séduction (voir photo), et une mention spéciale à la toute fraîche présentatrice d'"Elements Terre" (jeu de mots), tout droit sortie d'un épisode de "la petite maison dans la prairie".
Malheureusement ces bhuimbos ne tiennent pas toutes l'épreuve du direct, et du nécessaire talent d'improvisation qu'elle suppose. Elles cafouillent, radotent, sortent leurs rames plus souvent qu'à leur tour.

2) La déclinaison du direct.
Le sacrosaint direct, tant encensé parce que de moins en moins fréquent sur nos chaînes, est le concept ultime de Labro, jusqu'à en devenir pesant : toutes les émissions de plateau sont forcément en direct (le retard entre 2 émissions venant du fait que les équipes de tournage très restreintes doivent changer de plateau), et c'est valable pour le cinéma (autant louable qu'inutile, puisque la séance en direct du MacMahon n'accueille pas de spectateurs, comme en son temps "la dernière séance"), le théatre (chapeau) et les émissions en boites de nuit (hommage à la défunte émission de France Inter depuis un bal de province avec Jo Dona?).
Chaque émission finit par ressembler à un épisode de "Voisin, voisine", où meubler le silence et le vide devient discipline olympique.

3) Le positionnement écologique.
C'est là en fait que Direct8 se coupe le plus des téléspectateurs. Franchement, déjà une émission sur l'écologie par semaine, c'est chiant comme un dimanche de pluie acide, mais alors 3 par jour (éléments terre, complément terre -quand on a un bon jeu de mot, on le décline-, et bien être) et 3 le week end (touche pas à ma planète, solidarité et deuxième chance et univers infini), cela donne envie d'acheter un 4x4.

4) Des émissions qui font pleurer.

Quand Casimir rencontre le bon goût de Dorothée
Passons sur "Octopuces", une photo suffira à comprendre pourquoi. Les animateurs de ce programme pour enfants doivent être les seuls soulagés par le manque d'audience. (L'un d'eux d'ailleurs va sortir un livre intitulé "ne dites pas à ma mère que je fais l'oiseau, elle croit que je suis diplomé du conservatoire").
Ne nous étendons pas plus sur "Face à Minc". Il s'étend assez tout seul, à force de répondre à tout et n'importe quoi devant une assemblée d'élèves de son école.
Et contemplons "jeux sans enjeu", l'émission phare puisqu'en prime time, où la galère des présentateurs commence au moment où ils doivent trouver des invités pour le soir. ce jeu sans candidat va même jusqu'à recycler (écologie oblige) les autres présentateurs de la chaîne, improvisés invités, quand l'attaché de presse d'un théatre de province s'est désisté au dernier moment!

5) Et après?

Oh Minc alors, Alain se Raffarinise!
Loin de dénigrer cette chaîne, essayons d'entrevoir de quoi demain sera fait. Les têtes pensantes ont toutes les vacances (100 jours) pour réflechir à sortir de ce positionnement extrème "direct + écologie" sans s'attirer les sarcasmes des autres acteurs du PAF. Minc et Labro peuvent s'attendre à de rudes face à Bolloré, l'argentier qui ne tient certainement pas à devenir le Robert Louis Dreyfus de la télé.
Outre l'esprit de corps qui transparaît pendant les longues minutes d'interlude, ils devraient s'appuyer sur quelques concepts qui tiennent la route :
- la séance en direct du Macmahon, qui diffuse souvent de bons films, même s'ils ne sont pas de première fraîcheur, à l'instar du "cinéma de quartier" de Dionnet sur Canal+ : qu'ils invitent des personnes sachant en parler, plutôt que les 2 idiotes dont s'entoure le Monsieur Cinéma local.
- L'émission "les nouveaux talents" a eu la présence d'esprit de se dire, que de toute façon personne de connu ne viendra à leur show d'access prime time. Aussi misent-ils sur des inconnus. On en devient indulgent, et la programmation musicale est aussi éclectique que sympa.
- Zap 8 : émission bancale (il faut dire que l'animateur prévu, M Gurtler, a été débarqué 2 jours avant la première), qui devrait trouver son ton dans un talk show décalé sur ce qui s'est passé à la télé la veille.
- ils peuvent garder les autres émissions fortement marquées par le sceau du direct (Boite de n'8, 8 fi...) qui ont pour seule vocation de se démarquer ou de se faire connaître via le zapping.

Pour animer leurs plateaux, ils devraient inviter des gens inconnus, mais qui captent l'oeil, comme G Beller et V Mairesse l'avaient fait en leur temps sur Fr3. C'était pitoyable, mais cela créait de la proximité. Du Delarue, mais en positif.
Et faire de la rediffusion d'émissions anciennes, mais diffusées en leur temps en direct (ah "droit de réponse", "apostrophes", "le petit rapporteur"...), comme un hommage à cette tradition chevaleresque du direct.

Je crains finalement qu'ils ne comblent les prochains trous dans leur grille par des séries télévisées (ou des clips!), à l'image de 90% des chaînes du PAF.

_"Mr Labro avait parlé de compression, mais c'était de personnel qu'il parlait!"
Une dernière suggestion : Ils peuvent toujours recycler leurs bhuimbos dans des numéros d'éffeuillage, qui agrémenteraient les couloirs, lors des transitions entre 2 émissions.


merci à forum.hardware.fr pour les captures d'écran.
Vendredi 13 mai 2005

And the winner is...Cauette

En une seule émission, Cauet a réussi à réunifier les titres TF1, FR2 et FR3 de meilleur animateur de talk show, ravissant leur titre à Ardisson et Fogiel, et ce, quelques mois après le KO technique infligé à Arthur dans la catégorie boxon radio. Le prime time sur TF1 lui est plus que jamais ouvert.



il avait le choix entre l'esprit de BHL et sa chemise
Cauet : dans un fauteuil
Il n'était pas possible jusqu'alors de comparer les talents d'interviewer des 3 larrons des talks shows de fin de semaine. Fogiel boxe dans le registre du direct, Ardisson dans celui de la "culture" et Cauet dans la franche gaudriole. Ce dernier était d'ailleurs le triquard de l'interview, son plateau rassemblant essentiellement de la marque distributeur TF1, acteurs de téléfilms maisons, rejet de la téléréalité, has been croulants sous les impôts, et des starlettes du X, jusqu'à hier soir, où il reçut Etienne Daho (première grande vedette, avec Steven Seagal (sic!) à poser son cul sur le célèbre fauteuil bleu).


la veste de Ardisson et la posture de Fogiel, Cauet apprend vite
La chasse au Daho
La particularité du chanteur rennais est qu'il est l'un des premiers à avoir fait en un temps record le tour des 3 interviewers. Il devient donc un élément de comparaison objectif. Et bien, c'est chez Cauet que le Daho a été le mieux cuisiné, livrant même 2 scoops, l'existence de son fils de 33 ans, et l'engagement de faire un disque avec l'animateur picard. Encore mieux que cela, c'est chez Cauet que Daho se sentait le plus à l'aise.

Y en a un peu plus, je vous le mets quand même?
Quel est donc son secret? Ca n'est pas son physique "d'apprenti boucher" cher à Carlier, ça n'est pas non plus son humour de fin de banquet, ça n'est pas son style ni novateur, ni aiguisé, ni percutant...
Non, son secret, c'est sa bonhommie : son humour est lourd, mais jamais méchant, il apparaît humble, accessible et grand public. Et c'est ça qui marche.

La France qui travaille n'a pas forcément envie de réfléchir le soir, donc, pendant que FR2 et Arte se tape la bourre (bravo la synergie du service public) en diffusant simultanément deux excellentes émissions de musique (respectivement, Trafic.musique et Tracks, spécial Freaks), elle préfère recevoir dans son salon ce qui pourrait être son fils, son voisin ou son beauf.

La méthode Coulé
La télé n'est pas un art, et c'est pour cela qu'en définitive le succès public peut être considéré comme un critère de qualité. Les chiffres d'audience de "la méthode " le montrent de plus en plus chaque semaine.
Ca fait un peu mal au cul. Heureusement, chez Cauet, il y aura toujours un beau fauteuil pour les gens de passage. Il est tellement gentil.

Samedi 2 avril 2005

Stéphane Thébaut cogne à notre télé tous les samedis matins. Il est jovial, bonhomme, sa veste en velours cottelé nous rassure. On devine qu'il va nous faire découvrir un nouveau coin à champignons. Détrompez-vous. Son discours est plus dangereux que celui du bonimenteur, qui sévit régulièrement pendant les émissions de télé-achat. Ce qu'il va nous vendre, ce n'est pas un vulgaire produit miracle, mais un état d'esprit, une attitude, l'attitude Déco!

Généralement, "Question maisons" nous ouvre les portes d'un superbe duplex dans le marais, d'une vieille fermette réaménagée en salle de réunion haut-de-gamme, ou d'une ancienne imprimerie transformée en loft d'artiste. Et les questions qui viennent spontanément à l'esprit de notre guide sont généralement axées sur la génèse du projet : "Oh, quels beaux volumes! c'est vous qui avez décidé de casser ce sombre mur, pour créer une salle à manger de 200 m²?", et "les couleurs des chambres d'enfants, viennent-elles de vos charmants bambins? aah, dites-donc, à 3 ans, Mathilde a déjà des goûts bien prononcés". Bref, cela devrait faire rêver!

Sauf que, en général, on est dans notre appart', prostré dans le canapé, quand on regarde cette émission. Et que malheureusement, on habite rarement les endroits qu'il fait visiter.

 

7ème sans ascenseur

Imaginons seulement la gueule que "Questions maisons" aurait, si elle se consacrait à l'habitation de Mme Lambda (en général, en effet, l'hôte des lieux est une femme"), locataire d'un F2 en banlieue :

-Madame Lambda, bonjour, merci d'avoir ouvert les portes de votre F2! Alors là, cette pièce est merveilleuse : elle fait à la fois chambre à coucher, salle à manger et coin TV! Et c'est pratique, ce clic clac. En moins de 2 secondes, d'une chambre, on a accès à un véritable espace convivial! Ces bougies Airwick sont de véritables objets d'art, que n'aurait pas rénié Marcel Duchamp ! Attardons-nous juste une minute devant ces annuaires transformés en table de nuit. L'idée vient de vous ou des huissiers? C'est vraiment le compromis entre la praticité et un ton résolument moderne.

(après un reportage sur un restaurateur de fauteuil Louis XV, on passe ensuite à la chambre des enfants).

" Ce sont vos enfants qui ont choisi de dormir à 3 dans la même chambre? C'est pratique s'ils veulent jouer ensemble! Et cette ouverture vers le vide-ordure est une vraie prise de conscience de la nécessité du tri sélectif. Je crois comprendre que l'éveil de vos enfants a été une priorité dans le choix de l'agencement de votre lieu de vie. En témoignent les toilettes, qui font également office de salle de douche, symbôle de la nécessité d'économiser l'eau!"

(après un "SOS maison" consacré à une jeune propriétaire d'un appart' à Oberkampf, qui voudrait transformer son 34m² en une salle de bowling, Stéphane Thébaut nous fait visiter les dépendances de l'infortunée locataire).

-" Quel beau volume, cette cave espace rangement! Le cadenas fracturé est une invitation à chacun de profiter de ce lieu! Bel humanisme! C'est une vraie caverne d'Ali baba, dites-moi. Rien n'est laissé au hasard : les blousons de ski répondent au service à raclette, ce vélo sans roue ni guidon intrigue. Et ces murs qui ruissellent ont du vous demander beaucoup de travail?"

Décidément, le rêve à la télé a du mal à passer.

 

Coté Zon-Mai

En revanche, quelques heures plus tard, sur France 3, "Côté maisons" ne fait pas dans la dentelle. Le maître des lieux, c'est Laurent Petit-Guillaume, smicard de la télé depuis qu'il a remplacé Laurence Boccolini à "Que le meilleur gagne" en 94, c'est dire! Dès le sommaire, on sait qu'on n'est pas là pour rêver, mais pour transpirer :

"Au sommaire, aujourd'hui, tous les trucs pour bien déboucher sa fosse sceptique, puis Laetitia Nallet nous a concocté un banc d'essai des meilleurs rideaux de douche, enfin, notre bricoleur, FranckD, nous aidera à construire un jardin d'enfants à partir de tessons de bouteille! Mais, rejoignons sans plus attendre Robert Longechal, je crois qu'il a une nouvelle ponceuse à parquet à nous faire découvrir!"

Toute l'émission est  menée à un train d'enfer, au pas de course. C'est de la réal-Déco : Plus de rêve, plus d'envie, juste montrer le côté contraignant des belles idées tendance, parce que, au final, c'est souvent le propriétaire, bricoleur du dimanche, qui réalisera les travaux.


Tout de suite, allons transformer saucisse en sac d'aspirateur!

"Question Maison", le samedi 11h10, France5

"Coté maison", le samedi, 15h30, France3

par Alain Gillot-Peutêtre publié dans : les matchs de la télé
Vendredi 1 avril 2005


-Monsieur Morandini, les Chiffres?

 

Le combat par média interposé auquel se livrent Morandini, l’apôtre des chiffres d’audience, et Schneidermann, le fin lettré, pour la ceinture de meilleur critique télé mérite d’être étudié.

 

 

 

 

 

 

Résumé des épisodes précédents.

Jean Marc Morandini a connu une trajectoire très appréciée des amateurs de boxe. Son ascension a en effet été très brutalement brisée (comme Mohammed Ali et Myke Tyson) :

Dès la montée sur Paris de ce Wonder Boy marseillais, l’organisateur Mougeotte repère « sa carrure avec ses épaulettes de travers » du temps où il était sur la 5. il va l’intégrer dans son staff de jeunes coqs, dans la catégorie « fin de soirée » après le poids lourd de la trash TV d’alors, Jacques N°1 Pradel. Les succès (il frôle les 50% de parts de marché) et les combats s’enchaînent : les nains, les travestis, les has been, les escrocs du paranormal. Jean Marc Morandini se fait les dents dans « tout est possible ».

Cette émission devient sa signature, et son style « Ne zappez pas » s’impose à chacun. Mais un jour, La main du destin stoppe net les ambitions frénétiques de ce « jeune chien fou ».

Etienne, son manager, lui demande en effet de se coucher dans un combat retransmis à la télé, fin 94. Morandini accepte (notre photo), et c’est le drame !

 

 


-"Je crois...je crois...je crois que vous êtes grillé !!!"

 

Le Wonder Boy fuit aux States, pays où il avait copié ce style trashy pendant quelques années, pour revenir par la petite porte via les circuits parallèles de combat (la radio), plus confidentiels, mais tout autant lucratifs.

 

Jean-Marc Mort-en-direct

En un combat, qu’il livre sur la montante RMC-infos contre une gloire déclinante, Bernard Montiel, il revient sur le devant de la scène. Il s’attire la sympathie des auditeurs en refusant de leur faire payer deux fois le prix du billet, et signe dans l’écurie concurrente, Europe1. Il sèche chaque jour Evelyne Thomas, l’adversaire que son ancienne radio avait mis en face, boxant pourtant dans la même catégorie. Rien ne peut l’arrêter. Parallèlement, il signe un contrat de MatchTV avec Stéphane Rothenberg. En 2004, il est leader dans sa case et affiche une progression de 37%. Il acquiert un statut de victime et améliore son jeu de jambes, via le « Bal des Faux-culs », un livre-vérité dans lequel il bat sa coulpe, sans incriminer personne, « sinon ma jeunesse et ma naïveté ».

 

Schneidermann : les miracles de sa cour

Daniel Schneidermann a bâti son succès en réunissant une équipe très soudée faite de contrôleurs (JJ Vannier, puis Laurence Lacour), de bras droits (Alain Rémond puis David Abiker), d‘un coach cérébral, d’une responsable des relations avec l’Education (son principal public) et d’une pléiade de groupies dont il change régulièrement (Colombe Schneck, Hélène Rissert…).

Le style de Daniel The Snake Schneidermann consiste à endormir l’adversaire pour mieux le foudroyer d’un direct à l’amour propre. Ce style déplait et nombre d’adversaires (toute l’écurie de TF1) refusent de participer à ces joutes cathodiques.

 

Round 1 : Raging "les boules"

Fort du succès d’estime qui l’entoure, J2M est invité par Schneidermann dans son émission "Arrêt sur images". Au détour d’une question anodine, Daniel touche Jean-Marc d’un direct à la mauvaise foi : « votre interview avec Dechavanne était moins rentre-dedans : Etait-ce parce que vous avez un projet d’émissions avec sa boite de production ? ». J2M ronge son frein, il sait désormais encaisser les coups, et a appris à apprécier le goût de la rancœur.

 

Round 2 : Morandini Te Salutant

Au cours de l’année 2004, Jean Marc va regagner peu à peu son statut de challenger officiel, en attaquant personnellement dans son émission radiophonique, les lieutenants de l’animateur de france5, dont Laurence Lacour, à qui il est reproché de bidouiller ses interventions et David Abiker, qui devra aller jusqu’à des excuses publiques, suite à la « vague » de protestations qu’avait déclenché sa réflexion sur le Tsunami.

 

Round 3 : Sparing Epargneur

Morandini est prêt à affronter Schneidermann : Un coup du coté droit (celui du portefeuille, le talon d’Achille de Schneidermann et de ses fans), habilement décoché dans son livre « l’enfer du décor » et relayé dans le puissant T7J, va sortir « the Snake » de sa réserve. Trop faiblement, via son blog « Big Bang Blog », en démentant les affirmations du Monte Christo des ondes.

 

Round 4 :  Schneidermann sonne les cloches au « bourdon » 

Dans libération le 18 mars, Schneidermann intoxique J2M, en le suspectant de faire du Buzz, pour alimenter les nouvelles émissions de téléréalité, argument déjà aperçu dans le premier article des Cahiers de la Télé.

 

Round 5 : 2,7 Million Euro Baby

Dans un article révélations, Le Canard Enchaîné pousse Morandini dans les cordes et reproche à J2M sa posture de pourfendeur du secret des salaires, qu’il n’assume pas totalement puisqu’il ne se l’est pas appliqué à lui-même. Il a omis de déclarer une plus value de près de 15 millions de Francs, dans la transaction qu’il a réalisée avec son employeur Lagardère.

 

Round 6 : Les vieux démons

Souvent critiqué pour ces prises de position extrêmes, Daniel Schneidermann est violemment mis en cause par Jacques Pradel, dans une émission témoignage sur Match TV, dont un extrait est diffusé sur Europe1. Belle victoire pour Morandini, sauf que le combat s’avère truqué, car Jacques Pradel est un proche collègue de Morandini, et ses confessions étaient passées dans son émission sur Match.

 

Round 7 : L’enlisement

Au 7ème round, les corps sont fatigués, usés, meurtris, un triste slow a remplacé le formidable pugilat auquel nous avions droit ; tout n’est que coups bas. Le dernier en date vient de Daniel Schneidermann, qui soupçonne une collusion d’intérêt entre Morandini et son employeur Lagardère.

 

 

Alors que le combat n’est pas encore terminé, on ne sait même plus pourquoi il a commencé. Est ce le jeune Morandini, repu de victoires d’audience, qui cherche la reconnaissance des critiques, ou le professeur Schneidermann, mis au ban de la communauté audiovisuelle, lâché par sa chaîne (voir 20 minutes, aujourd’hui), qui cherche un nouvel hérétique à clouer au pilori ?

 

par Xavier Knoepffler publié dans : les matchs de la télé
 

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